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Historique de la construction de l'église St Jean Baptiste. Texte de Bernard FABRE, maquettes de Maurice BERTRAND

L’église Saint Jean Baptiste de Belberaud

 

Le premier bâtiment de l’église de Belberaud a été probablement construit vers l’an mille, peut-être par des

 bénédictins ou des moines défricheurs. Ces derniers n’étaient pas exactement des moines mais des moines convers ou de simples chrétiens regroupés autour d’un édifice qui pouvait être une simple bâtisse, ou un monastère. Ils priaient et travaillaient. Les hommes, s’ils étaient lettrés, étudiaient et copiaient des livres anciens. D'autres abattaient des arbres, défrichaient  et cultivaient le sol. Ce défrichement avait pour but d’agrandir la superficie des terres cultivables pour nourrir une population grandissante et porter la « parole de Dieu ». En ces temps, toute la vallée de l’Hers et les collines environnantes étaient recouvertes d’une forêt dense et marécageuse. Il est fort possible qu’à cette époque une salvetat, nom occitan pour Sauveté en français, soit organisée autour de l’édifice. Cette dernière est une zone refuge organisée autour d’un édifice religieux dans lequel il était interdit de poursuivre les fugitifs. Montlaur, à cette époque en possédait 2, une à Maraval et l’autre à Saint Lauthier. Ces espaces de libertés, autour d'une église, sont à l'origine de bourgades rurales à l'époque des grands défrichements, entre le XIe et XIIe siècles. Créées à l'initiative de l'Église dans le cadre du droit d’asile et de l'institution de la Paix de Dieu, elles jouissaient d'une garantie de non-agression.

 

L’église au Moyen Age

A cette époque, notre église portait le nom de « Saint Jean de Savignac.», du nom du hameau médiéval de Savignac qui devait entourer l’église sur le coté Est et qui s’est réduit au fil des temps au profit du village de Belberaud à 1km de là (1). Le nom de Belberaud sous sa forme ancienne « Vallis Beraldi » ou « Vallis Beraldt » commence à apparaitre dans les textes en 1313 dans l’officialisation de l’appartenance du prieuré de Vallis Beraldi (Belberaud) au prieuré de  La Daurade (2).

Selon Mr Maurice Bertrand, dans son ouvrage « Juju du Languedoc » (3), l’église de Belberaud, au début, était modeste, composée d’une tour à 2 niveaux. On peut supposer qu’au rez de chaussée se trouvait une chapelle et au premier étage un lieu où les défricheurs résidaient. L’entrée de cette tour qui était au sud a aujourd’hui disparu et se tenait à l’endroit actuel du placard pour les vêtements du prêtre. A droite de cette porte qui existe toujours, un escalier traverse le mur et tourne vers la droite pour atteindre une chaire qui n’existe plus maintenant. Si l’on monte quelques marches de plus, l’escalier sur la gauche est interrompu par un mur. Il est possible qu’à cet endroit se trouvait l’entrée d’une échauguette permettant de protéger l’entrée de la bâtisse.

A cette époque, les chrétiens désiraient mener une vie calme, les paysans se regroupaient autour de ces lieux paisibles, Belberaud devenait sûrement plus prospère. Aussi, le lieu prit de l’importance et demanda naturellement à grandir. Furent construits à l’Est de la chapelle une abside (un chœur) à pans coupés, pentagonal, et au nord une dépendance qui tenait lieu de sacristie. A la même époque, toujours selon M. Bertrand (3), fut construite une tour à grains de 6 mètres de côté, près de la chapelle sur son coté Ouest, témoin de la nouvelle prospérité de ce qu’était à l’époque Belberaud et de l’efficacité du défrichement.

Un siècle plus tard, au XIème siècle donc, notre ancienne église aurait été occupée par des croisés de retour d’expéditions qui en auraient fait une résidence de repos. Il est possible que ces croisés soient des Templiers, présents dans notre région. En 1307, les Templiers furent défaits par Philippe le Bel, et auraient donc dû fuir notre église.

Il semblerait pourtant que l’église de Belberaud dès 1190 fut rattachée à l’église romaine. Une bulle de Clément III confirme à l’abbaye de la Daurade de Toulouse la possession de l’église Saint Jean de Savignac, depuis Charlemagne. Ceci est confirmé en 1240, en effet, dans son ouvrage, Histoire générale de l'église de Toulouse paru en 1859, Adrien Salvan note :  « Dans une charte datée de 1240 et signée par 8 cardinaux, le pape confirma tous les privilèges qui avaient été accordés et les donations faites au monastère de la Daurade. On trouve dans cette charte la nomenclature de tous les biens de la Daurade…dont Saint Saturnin de Belberaud, Saint Eleuthère ou Lothier de Montlaur, Labège et quelques autres. Le pape entre ensuite dans le détail de toutes les exemptions qu’il accorde au monastère toulousain touchant la profession religieuse et les sépultures. Cette charte porte la date de 1240. » (2,4).

Un peu plus loin, dans le même ouvrage Adrien Salvan avance que : « En 1313, l’évêque de Toulouse se rendit  à Grand-Selve (quartier au nord de Toulouse), où se trouvait Boniface de Durfort, prieur de la Daurade, qui reçut des mains de l’évêque des lettres par lesquelles celui-ci déclarait que le prieuré de Belberaud (vallis Beraldt) dépendait de la Daurade. » (2,4).

 

Ceci correspond à l’officialisation en 1314, de l’église comme une paroisse à part entière. D’ailleurs, ce statut  est gravé sur une plaque de marbre  près du chœur. Bernard de Planharo fut alors son premier curé.

L’église de Belberaud appartint donc au prieuré de la Daurade pendant plusieurs siècles jusqu’au moins 1750 puisque à cette époque encore, le Prieuré de la Daurade recevait sous forme de dime 1327 livres provenant des églises de Belberaud et de Montlaur. Ce prieuré fut interdit par la révolution française en 1790 et devint alors bien national ainsi que notre église.

 

La guerre de 100 ans

Pendant la période de la guerre de 100 ans (1337 à 1453)  Belberaud fut ruiné à l’image de la France entière. Les derniers jours d’octobre 1355, le Prince Noir et son armée, dans l’impossibilité d’un coup de force rapide sur Toulouse, contournait la ville pour se diriger vers Carcassonne. Le 28 octobre, il rencontra de la résistance sur Montgiscard, mais enlevait la place de vive force, y commettait les pires exactions et livrait aux flammes les douze moulins à vent éparpillés autour du plateau. Tous les villages à l’entour furent touchés y compris Belberaud. Le bâtiment de l’église en a sûrement souffert. (5)

 

Agrandissement et restauration

Pendant le siècle d’or du pastel en Lauragais, de 1462 à 1562, Belberaud a pu bénéficier des richesses apportées par cette plante et son colorant pour la restauration et l’entretien de son église(6).

  1. Bertrand note toujours dans son ouvrage (3) qu’après la guerre, un travail de restauration et d’agrandissement a été entrepris jusqu’en 1473, date de la fin des travaux. L’agrandissement s’est appuyé sur les bâtiments existants, qui persistent encore aujourd’hui.

 

Ainsi, sur le côté Nord, une chapelle fut construite en s’appuyant sur la sacristie existante. Sur les murs de cette chapelle, on peut admirer actuellement une fresque qui fut réalisée en 1505, date inscrite dans la frise située entre les peintures religieuses et les rideaux peints. Le corps initial de l’église, son premier bâtiment, fut relié par un mur à la tour, anciennement silos à grains. L’intérieur de ce dernier fut démoli pour constituer une partie intégrante de la nouvelle église. Son coté Nord-est fut ouvert pour permettre la création d’un portail toujours présent, mais alors sans porche. Le mur Nord-ouest de la tour fut prolongé par la construction d’un clocher mur, on en trouve encore dans les églises de la région comme à Montgiscard, Odars ou Villenouvelle. Enfin, l’ensemble est fermé par la construction d’un mur coté Sud-ouest comportant 2 petites chapelles et bien sûr d’un toit recouvrant toute la structure. Les matériaux utilisés pour cet agrandissement ont été prélevés sur les parties défaites de l’ancienne église. Les murs sont faits de briques foraines rouges récupérées ou élaborées à proximité, sauf le portail qui est en pierre. La construction d’alors est de type gothique.

Le portail actuel, en pierres sculptées, est daté du XIIème siècle. Cette datation est permise car il est de l’école des sculpteurs de la basilique Saint Sernin à Toulouse consacrée en 1096. D’ailleurs, les thèmes sculptés se retrouvent à la porte des Comtes de cette basilique. Malheureusement les pierres ne sont pas d’excellente qualité et ont mal traversé le temps. Le travail est aussi assez grossier et malhabile, ce portail n’a donc pas la beauté de celui de Saint Sernin. Par contre il est très intéressant. De style roman, il correspond à l’époque du XII ième siècle, mais, placé sur le côté de l’église. Or, dans les églises romanes, le portail est placé généralement en face du chœur et non sur le coté. Par contre, cette disposition est très présente dans les églises gothiques méridionales construites à l’époque de la reconstruction de notre église après la guerre de 100 ans. Son origine pose également question, existait-il avant sur cette église ou a-t-il été prélevé sur un autre édifice ? Aucune information ne permet de statuer également. La visite épiscopale du 9 octobre 1596 décrit le fond de l’église occupé par les fonts baptismaux et fermé par un beau régat ou trélis de bois. Ceci confirme l’existence de l’ouverture et donc la présence du portail de l’église sur son côté. (7)

 

Les guerres de religion

L’église a continué à traverser les âges non sans heurt. Elle a subi les conséquences des troubles occasionnés par la Réforme comme il est noté dans l’ouvrage « Les Huguenots dans les paroisses rurales du diocèse de Toulouse», revue historique de Toulouse, datée de 1939 (8). Les Huguenots des troupes de Coligni et de Montgomméry ne pouvant entrer dans Toulouse trop bien protégée ont fait régner la terreur autour de la ville dès 1569. Ils détruisirent et brûlèrent de nombreuses églises dont celle de Belberaud mais aussi celles d’Escalquens, Odars, Labège, Mongiscard… Dans cet ouvrage il est écrit que dès 1569 toute sécurité ayant disparu autour de Belberaud, Pierre Cox, marchand de ce lieu, « estan retiré dans le château » malade, fait son testament. Il déclare qu’il s’est retiré à cause « de l‘invasion et incursions que font les hérétiques appelez Huguenots, sur les catholicques, estans leurs maisons et metteries champestres non souffisantes pour leur résister ». D’autres témoignages décrivent l’incendie de l’église en janvier 1570 par des troupes huguenotes. On peut douter quand même de la totale destruction de l’église puisque les magnifiques fresques présentes dans la chapelle Saint Antoine datées de 1505, découvertes en 1970, sont toujours en place. Le presbytère de l’époque a subi également les outrages de ces guerres et fut détruit.

Toujours dans cette revue, il est noté que l’église fut relevée de ses ruines et richement meublée en 1596. Cette rénovation s’appuie également sur la visite épiscopale réalisée en octobre 1596 citée plus haut (7). Il y est écrit que la paroisse comprend « …240 personnes de communion et n’y a, par la grace de Dieu, aulcun mal sentant de la Foy, ains tous bons cathollicques »  Sont décrites également 4 chapelles, A l’entrée du chœur, à droite la chapelle de la Mère de Dieu, sur le même côté, plus éloignée, une autre chapelle appelée Notre Dame des Brassiers tenue et financée par une confrérie de brassiers (ouvrier agricoles). Du côté gauche, près du chœur, la chapelle Saint Antoine et enfin la dernière chapelle, chapelle de Notre Seigneur, dont la construction a été financée par Monsieur de Cos, seigneur de Belberaud, Ces chapelles sont toutes différentes dans leur style et leur décoration, une splendide fresque pour la chapelle Saint Antoine, une simple litre funéraire pour celle qui lui est adjacente. Cette litre, mise à jour lors des rénovations de 1999, signale le tombeau de la famille de la Tour, descendants des De Cos, enterrés sous l’église. Enfin les 2 autres placées côté ouest montrent des différences dans leur style gothique, un plus évolué que l’autre et donc plus récent. (7)

Une autre visite épiscopale, réalisée le 6 novembre 1718 décrit une église en piteux état : un toit « pourri », des chapelles interdites d’accès, la porte d’entrée de l’église à réparer, une ouverture du côté du clocher ouvert exposant l’église aux 4 vents…La tenue cultuelle de l’église y est fortement critiquée. Il est décidé alors de la fermer jusqu’à la réalisation de travaux et de conditions cultuelles fixées par l’épiscopat. Les travaux furent donc entrepris d’abord sur le presbytère, en 1722 puis sur l’église. Ces derniers furent achevés en 1751. L’activité religieuse reprit son cours normalement. (7)

 

Derniers travaux de transformation

En 1850, le presbytère existant en mauvais état est détruit, un nouveau a été édifié en lieu et place de l’ancien délabré (9,10).

La dernière modification notoire réalisée sur notre église date du début des années 1860. Le premier travail entrepris fut la restauration de sa charpente. Les plans furent établis en 1862 par l’architecte Auguste Delort, architecte du département et de Saint-Aubin. La charpente et le toit ont été refaits avec la décision de donner au toit de la nef un esthétisme romantique, de lui donner donc la forme d’une voute, ce qui l’a surélevé de 4 hauteurs de briques (9).

En 1874, le conseil de fabrique de l’église signale au conseil municipal le délabrement de l’église, nombreuses fissures, affaissements… et souligne la nécessité de reconstruire un nouveau clocher (9). Au sein d'une paroisse catholique, le conseil de fabrique est un ensemble de personnes (clercs et laïcs) ayant la responsabilité de la collecte et de l'administration des fonds et revenus nécessaires à la construction et entretien des édifices religieux et du mobilier de la paroisse. En 1875, l’architecte A Delort entreprenait la rénovation de l’église pour remplacer le mur clocher démoli partiellement semble-il en 1809. Furent donc entrepris la démolition complète du modeste clocher mur à trois baies et la construction d’un clocher octogonal qui existe encore sous sa forme actuelle, ainsi qu’une travée supplémentaire. Ce clocher imite celui de la basilique Saint Sernin, comme beaucoup d’églises de la région. Ces travaux furent achevés et réceptionnés en novembre 1895 (9,10). Les travaux ne se sont pas limités à la seule construction du clocher puisque des problèmes se sont révélés. Ainsi, il a fallu démolir et reconstruire la voute de l’entrée, la tribune et le porche avec la consolidation des colonnes du portail. (7) Ces travaux furent réalisés grâce à un impôt extraordinaire levé par la commune pendant 9 ans, par la vente de bois, par des subsides du conseil de fabrique obtenus essentiellement de legs (4000 francs) et s’élevèrent au total à 19030 francs. Aucune aide des pouvoirs publics ne put être obtenue, la commune, dans son ensemble, a dû assumer la totalité des couts (9).

 

 

Les différentes phases de construction de l’église (3)

                                                                                                                                                                                                                                                                  

Dans la maquette finale ci-dessous, fabriquée par Mr Maurice Bertrand, on observe bien la progression des différentes constructions de l’église selon ses hypothèses. La première bâtisse constituée de la tour (1), sur laquelle viennent s’adosser ensuite l’abside ou cœur (2) puis la sacristie (3). Sur le coté de la bâtisse initiale se trouve la tour servant à stocker le grain (4). Ces 3 bâtiments sont ensuite englobés dans l’église telle qu’on peut la voir sur la maquette, en conservant la bâtisse initiale, le cœur et la sacristie. Le silo à grains est englobé dans la structure, une partie de ses murs a permis  la construction des murs de ceinture, puis est venu s’appuyer sur le clocher mur. Les chapelles (5, 6, 7) furent rajoutées, un nouveau toit venant coiffer l’ensemble, consolide l’ensemble de l’église.

 

 

 

 

Remerciements

Monsieur Maurice Bertrand a permis en grande partie la rédaction de cet article par son travail de recherche dans les archives et la rédaction d’un chapitre sur l’église de Belberaud dans son ouvrage « Juju du Languedoc, T.D.O Editions, 2020 ». D’autres parties de cet ouvrage concernent également notre village, son histoire et son patrimoine. Les maquettes présentées en photo ont également été réalisées par Monsieur Bertrand, ébéniste de métier. Je le remercie très chaleureusement pour ses connaissances partagées, sa collaboration et sa gentillesse.

Je remercie également Mme Marie-Josée Capgras pour ses discussions, conseils et pour les documents qu’elle nous a fournis.

Je remercie aussi Mr Sébastien Durand pour ses connaissances architecturales, ses réflexions sur l’église, ses conseils et pour les discussions que nous avons eues.

Bernard Fabre

 

 

Bibliographie

Ref 1 : Dossier d’étude d’un monument patrimonialisé : l’église de Belberaud

           Master 2 Patrimoine et Musées,

           Nicolas Lerbey

 

Ref 2 : Sainte Marie « La Daurade » à Toulouse

           Jacqueline Caille

           Editions du Comité des travaux historiques et scientifiques, Paris, 2006

 

Ref  3 : Juju du Languedoc,

           Maurice Bertrand,

           T.D.O Editions, 2020

 

Ref 4 : Histoire générale de l'église de Toulouse: Volume 3, Parties 1 à 3

            Adrien Salvan 
            Edition Delboy , janv. 1859
            E book accès gratuit:
https://play.google.com/store/books/details?id=1SMtAAAAMAAJ&rdid=book1SMtAAAAMAAJ&rdo1

 

Ref 5 : Mémoires de l'Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse

            Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres (Toulouse)

            Edition  Douladoure Privat (Toulouse), 1906

 

Ref  6 : Visites et promenades, de Belberaud à Montlaur ,

           Jean Pierre Suzzoni,

           L’Auta n°500, novembre 1984, 276-283.

 

Ref 7 : Le canton de Montgiscard

           Jacques Gironce et AREC 31,

           Editions Empreinte, 2005.

 

Ref  8 : Les Huguenots dans les paroisses rurales du diocèse de Toulouse,

           Revue historique de Toulouse,

           Imprimerie Berthoumieu, 1939, 78-79, 149-150

Ref 9 : Délibérations municipales

Ref 10 : Archives départementales

 

 

Eglise Saint Jean Baptiste : Description Texte et illustrations de Sébastien DURAND

 

 

 Située en Midi-Pyrénées – département de la Haute Garonne - à une quinzaine de kilomètres au sud-est de Toulouse en direction de Carcassonne, la commune de Belberaud fait le lien entre le Pays Toulousain et le Lauragais.

 

PRESENTATION GENERALE

Le village de Belberaud forme un habitat plus-ou-moins dispersé sur les premiers coteaux bordant au nord la vallée de l’Hers. L’église est située sur une colline dominant une partie du village. Crépie à l’extérieur, et enduite ou peinte à l’intérieur, elle est bâtie en briques (sauf le portail en pierre), mais celles-ci ne sont visibles que sur le clocher.
De l’ancienne église romane, subsiste le portail. Mais la plus grande partie de l’édifice est de style gothique. Les contreforts supportant les ogives, sont relativement massifs. Ces supports ponctuels pénètrent dans le bâtiment. Ils y définissent des espaces dans lesquels se logent les chapelles. Au XVIe siècle, le bâtiment a souffert des troubles engendrés par la Réforme. Il n’a pu se relever de ses ruines qu’en 1596, après les Guerres de Religion. Il en reste des irrégularités architecturales (plan, élévation). Le clocher est beaucoup plus tardif : il date de 1892.
Cette église est très intéressante par sa diversité. Outre la succession de styles architecturaux bien définis, la peinture y est présentenotamment sous forme de fresques ainsi que la sculpture par le portail roman. 

 

DESCRIPTION DE L’EGLISE


L’édifice est orienté. L’abside est bâtie sur un plan pentagonal ; c’est l’une des caractéristiques des églises de la région. D'autres bâtiments, dont le presbytère et la sacristie, y sont adossés. Au nord se trouve le cimetière, séparé de l'église par un chemin.
Le clocher néo-roman est en brique apparente. Ses trois étages et sa flèche se dressent à l’ouest de l’église. La nef comporte trois travées de plan barlong ouvrant sur cinq chapelles : deux au nord et trois au sud. Au nord ouest, le porche de l’entrée abrite un portail roman orné de six chapiteaux sculptés. Le bâtiment est voûté d’ogives, exception faite de l'arc en plein cintre du portail et de la structure du clocher.

 

LA SCULPTURE MONUMENTALE


Abrité par un porche, le portail de pierre est formé de quatre colonnes à base et chapiteau supportant des arcs en plein cintre. L'archivolte est décorée de motifs hémisphériques. Il n'y a pas de tympan. Les colonnes également en pierre ne reposent pas sur le sol mais sur un pan de mur en brique.
Richement sculpté, ce portail est de style roman. Les décors sont nombreux ‘et variés : personnages, végétaux, motif géométrique de billettes.
Sur les corbeilles lues de gauche à droite depuis le porche : 1 l'avare tenant sa bourse, 2 un motif végétal inspiré du chapiteau corinthien (feuilles d'acanthes), 3 un homme les bras levés soumis à deux démons (représentation de la luxure, un autre pêché capital), et 4 Adam et Eve.
Les tailloirs sont ornés de motifs floraux.

Les sculptures datent du début du XIIe s. On s’est sûrement inspiré de celles de la basilique Saint Sernin, mais l’artiste a été ici moins adroit et la pierre utilisée de mauvaise qualité.

Les formes sont massivement traitées en haut-relief ; les proportions et les positions des personnages peuvent paraître étranges. Mais cet ensemble est chargé de sens.

Le contraste est important entre ce portail et l'absence quasi totale de sculpture monumentale à l'intérieur.
Le style gothique méridional a tendance a l'abandonner : ici les arcs retombent sur de simples culots ou sur de rudes corniches. Il faut considérer cela comme une réponse proposée par saint Dominique au XIIIe s. face au catharisme : la grandeur de l'Eglise ne réside pas dans l’embellissement des lieux de culte.

Ce n’est que plus tard vers la fin du Moyen Age, que le goût du décor réapparaît à Belberaud, aussi bien en architecture et en sculpture (voûte à liernes et tiercerons portée par des culots sculptés). La peinture murale du XVe s a été soulignée au XXe s.

 

LES VITRAUX

Tous figuratifs, ils sont modernes (XIXe s) ou contemporains (XXe s) : le Christ, saint Jean-Baptiste, et d’autres saints.

 

LE MOBILIER

*Les Fonts Baptismaux (marbre).
* Le bénitier (marbre de Caunes-Minervois, rouge veiné de blanc, XVIIIe s).
La chapelle des Fonts Baptismaux est couverte d’une voûte à liernes et tiercerons, portée par des culots sculptés aux symboles des quatre évangélistes :

1 l’aigle (saint Jean)
2 le taureau (saint Luc)
3 le lion (saint Marc)
4 l’homme (saint Mathieu)
Ces sculptures sont abîmées et difficilement lisibles.

Dans la chapelle de la Vierge, les lettres “ DB ” figurent en caractères gothiques sur un chapiteau (1) et sur la clef de voûte.
La chapelle sainte Germaine abrite l’ancien maître-autel (XVIIIe s.).
Dans la chapelle saint Joseph, sur la clef de voûte sont gravées deux lettres gothiques : “ RM ”.



LA PEINTURE
Les fresques :

Couvrant la chapelle de la Vierge, l’arc et le mur donnant sur la nef, elles tempèrent la sobriété de l’église gothique. La voûte est peinte de manière à imiter des pierres. De la clef de voûte naissent des gueules ouvertes et des nervures.
Sur chacun des cinq pans de mur, sont figurées des scènes décorées, animées par la présence d’anges ou de visages. D’est en ouest :
* l’Assomption où une colombe représente le Saint-Esprit
* le Couronnement de la Vierge
* deux personnages ( les donateurs ?)
* le repas chez Simon. Marie-Madeleine verse du parfum sur les pieds du Christ, qu’elle essuie avec ses cheveux
* le Christ en Croix, la Vierge, saint Jean, Marie Madeleine et le vase de parfum. Au-dessus, le soleil et la lune
* saint Jean-Baptiste avec son vêtement de poils de chameau (Mathieu, 2,3).
Des personnages dont la Vierge, le Christ et un moine, ornent le grand arc ouvrant sur la nef. A l’avant se trouvent :
* un évêque à l’avant d’un mur crénelé en pierres
* Jésus ressuscité tient une bannière devant un jardin clôturé. Marie Madeleine le prend pour le jardinier (Jean, 3, 20)